L’enjeu sanitaire, économique, philosophique de la médicalisation des corps. Les détransitions.

mise à jour septembre 2025 a

Risques pour la santé

Ne pas juger les choix d’autrui ne nous dispense pas de soupeser les bénéfices-risques des pratiques médicales.

° Problèmes de santé liés à une fragilisation des corps. (Parfois : infections, saignements incessants, problèmes osseux…)

° Résultats parfois décevants (perte de jouissance sexuelle totale ou partielle).

Ces éléments devraient inciter à ne pas se précipiter et à ne pas envisager une transition médicale comme une simple option allant de soi.

Problèmes économiques

Effectuer une transition médicale, c’est devenir client pour très longtemps (via « la sécu » ou via son propre porte monnaie).

  • En cas de pénuries d’hormones à l’avenir, que se passera-t-il ?
  • Et en cas de déremboursement et de flambée des prix ?
Questions philosophiques et politiques
  • pourquoi se fier aux réponses apportées par une société qui adore se couper de la nature ?
  • Pourquoi toucher à son propre corps si une partie du problème provient de la société et de ses normes oppressives homme-femme ?

Que nous soyons cisgenre ou transgenre, nous affrontons certains défis existentiels intemporels :

* « qui sommes-nous ? », invitent à se questionner de nombreuses traditions.
Nous ne sommes pas que l’image publique, que la conscience égotique de nous-mêmes, ni que notre corps, mais qui / que sommes-nous ?
La réponse peut varier selon l’âge, l’éducation, l’intuition, la pratique méditative…

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Un.e personne transgenre qui se sent mal au point de devoir remodeler son corps pour survivre ; une personne cisgenre qui recourra au maquillage….
quoi de moins étonnant dans une société du paraître (du paraître pour se sentir être) ?

  • Veut-on garder une société hétérosexiste qui empêche chacun.e d’être naturellement soi-même, avec des hôpitaux et des cosmétiques pour nous conformer tant bien que mal,
    ou veut-on cesser d’attaquer l’estime de soi des personnes hors normes ?

° se définit-on à partir de la taille de nos muscles, de notre pénis, de nos seins… ? Comment accueille-ton la singularité de chaque être à ce sujet ?

  • Est-ce qu’on a renoncé à l’espoir que chaque être humain puisse être admis quelle que soit son expression de genre ?
    ou est-on fier de proposer aux personnes qui ne se reconnaissant pas dans un rôle social assigné au sexe biologique, de n’avoir que la médicalisation de leur corps à proposer ?

Si j’ai une vulve et des seins, et me sens homme, je devrais pouvoir être accueilli partout, afin de ne pas être poussé à changer mon corps pour me conformer à un stéréotype masculin.

Si j’ai un pénis et de la barbe, et me sens femme, je devrais pouvoir être accueillie partout, afin de ne pas être poussé à changer mon corps pour me conformer à un stéréotype masculin.

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L’autodétermination des personnes transgenres quant à leur parcours est au cœur des revendications LGBT.
Cela va de soi, du moment que l’information mise à disposition est complète (incluant les controverses).

Mais quid de l’autodétermination dans tout ce qui touche à notre santé, à choisir les matières que l’on veut suivre au lycée, etc. ?
Pourquoi ne pas étendre la revendication à un niveau universel : le droit pour tous de disposer de soi ?
En théorie c’est un droit acquis, en pratique ça ne l’est pas :
cf. la vaccination forcée, l’air pollué qu’on respire tous parce que la loi permet de polluer, etc.

Le PACS, le mariage pour tous, sont des lois universelles qui s’appliquent à tous. En ce sens elles sont rassembleuses et pacifistes.

Une politique réussie part de l’envie de faire société en n’oubliant personne. Elle écoute les revendications des « minorités » et fait progresser tout le monde à partir de là.

Problèmes de construction identitaire (psychologie – sociologie)
  • En quoi consiste se connaître soi-même, s’accepter soi-même ?

* Comment nous accepter tel.le que nous sommes, avec justesse ?
(Avec ou sans aide médicale)

NB. Il ne s’agit en aucun cas de minimiser la souffrance ressentie par certaines personnes en découverte de l’inadéquation de leur ressenti intime et de leur corps. Bien au contraire : on pourrait développer des recherches en psychologie à ce sujet : mieux connaître ce qui fait de nous qui nous sommes, et mieux le vivre.

Les regrets ?

La question « combien de personnes regrettent leur transition ? » est une question insuffisante pour évaluer le bien fondé d’une transition médicale :

Je commence par un exemple un peu décalé :
Si vous achetez un billet de cinéma et que le film est nul, vous allez regretter votre billet. Mais au fond, il n’y avait pas d’enjeu réel.
Au contraire, si vous réalisez vous-mêmes un film, ce qui vous amène à créer une aventure humaine avec l’équipe de tournage, à réaliser votre rêve d’enfance d’être réalisateur… mais que votre film est jugé nul par la critique, allez vous regretter le temps investi dessus ?
Peut-être, peut-être pas, car l’expérience vous aura appris des choses, fait vivre une aventure passionnante, forgé un caractère.
Plus on s’investit à bras le corps dans nos vies, plus on développe une volonté, et moins on a de probabilité de regretter nos choix passés.

Peut on donc se fier aux réponses à la question « regrettez-vous … (peu importe la suite : transition médicale, aventure intense, déconvenue qui nous a appris à nous surpasser…) ? »
Il me semble que la réponse est davantage fonction du caractère de la personne que révélatrice de l’expérience vécue.
Elle questionne surtout la mentalité développée au cours de l’expérience vécue. La réponse « non je ne regrette pas » semble révélatrice soit d’une satisfaction de l’expérience, soit d’une satisfaction d’avoir surmonté une épreuve formatrice (d’avoir vécu pour de vrai, intensément -au contraire des années passées à regarder la vie des autres à la télé).

NB

Il n’y a de ma part aucun discours transphobe dans le fait d’être réticent à l’idée de se ruer sur l’option « remodeler un corps » :

Cela relève
° d’un principe de précaution global,
° d’une philosophie de vie non spécifique à la transidentité (je ne recoure à un médicament qu’en cas de force majeure),
° d’un doute sur toutes les méthodes qui tentent de solutionner les problèmes intérieurs par l’extérieur,
° d’un dégoût d’une société qui parfois, s’acharne à tenter de soigner un individu sain (juste parce qu’il est hors norme).

Et si le discours officiellement sensé aider les personnes transidentitaires était parsemé de tant de fausses évidences qu’il en devenait leur pire ennemi ?

Pourquoi ne pas laisser toute liberté à chacun.e de s’autodéterminer sur sa transition, tout en œuvrant, cisgenres et transgenres main dans la main, à dépasser le conformisme oppressif ?

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  • Pourrait-on à la fois accepter inconditionnellement chacun, avec ses choix concernant sa santé, son genre,
  • et d’autre part mener une réflexion vis à vis de l’essor marketing des techniques médicales de transitions qui sont promues comme si elles étaient banales et nécessairement bonnes si désirées ?
Et les détransitions ?

Certaines personnes regrettent leur parcours médical et tentent une détransition : le retour au genre d’avant la transition transgenre, ou plus souvent, se contentent d’arrêter leur transition médicale.

A en croire les blogs hostiles aux LGBT, énormément de personnes transgenres regretteraient leur parcours et voudraient détransitionner.
A en croire les blogs communautaristes LGBTQIA+, très peu seraient concernés.
La vérité est-elle entre les deux ?
Cf. la partie 5 : « la quête mystique ».

Le problème du discours anti médical et anti LGBT+

La déification de la médecine high tech ne concerne pas que les personnes recourant à une transition médicale :
La dépendance à des logiques économico-médicales est un thème qui concerne beaucoup de monde :

° les personnes qui préfèrent prendre des somnifères mais qui pourraient s’en passer en résolvant certains problèmes dans leur vie,

° les personnes qui préfèrent manger bon marché, se sur-exposer aux ondes, boire des bouteilles d’alcool chaque week-end, ne jamais poser de regard thérapeutique holistique sur elles-mêmes et ruer ensuite dans les bras de cancérologues et pathologues divers …

Autrement dit, la focalisation sur la thématique médicale seulement quand cela concerne les personnes LGBT, n’est pas une démarche intellectuelle équitable. Cela peut cacher de la transphobie.

Lorsque des politiciens traditionnellement membres d’une droite réactionnaire, qui avait voté contre la dépénalisation de l’homosexualité, puis contre le PACS, puis contre le mariage pour tous, prétendent protéger les trans en leur interdisant l’accès aux traitements, je me sens légitime à m’interroger s’ils ne sont pas seulement en train de continuer de nuire aux LGBT par tous les moyens imaginables.

Toutes les réserves que j’ai émises sur la transition médicale ne visent pas à la faire interdire mais seulement à cesser de la présenter comme une réponse banale à toute personne souffrant d’une difficulté à vivre dans cette société genrée binaire violente.

Banalisation de la PrEP