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Le récit / le narratif culturel (première partie)
Le récit / le narratif culturel
Le récit
Un roman, une série, une #fable… sont des récits qui assument d’être ce qu’ils sont. Mais les récits qui se font passer pour « ce qui va de soi » ou « la réalité » sont nombreux.
Quelques aspects du récit
Le mental croit que le connu va se reproduire, il stocke donc un récit du connu (alias des souvenirs réarrangés. (Cf. les théories selon lesquelles l’âme ne serait qu’une mémoire d’incarnations -et non pas notre Essence-).
Écouter le mental revient à croire en notre récit de vie.
Mais ne pas l’écouter, si c’est pour croire que refaire exactement la même chose donnera un résultat différent, ne semble pas judicieux.
L’Éducation Nationale est gardienne et promotrice d’un récit ; et l’éducation en famille d’un autre récit.
Être en retard, faire confiance (ou se méfier) des personnes avec un grand patrimoine, ou des personnes économiquement pauvres, c’est la conséquence d’une croyance en un récit.
Le temps semble être une composante du #récit.
Enfanter est une réalité de ce monde ; nourrir, protéger, être attentif à un enfant sont des actes ; mais se dire maman, papa, cousine frère… sont des récits.
Se croire dans le vrai (ou dans le faux) est un récit.
Se dire ami, ou amant, ou mari ou femme, est un récit.
Un ami.e qui nous trahit, est-il en train de faire autre chose que de changer le récit auquel nous croyions ?
Que c’est agréable de partager un récit ! C’est souvent ressenti comme un bonheur d’être compris et accepté en présence d’un.e ami.e.
Mais s’agit-il vraiment de l’acceptation de qui nous sommes, ou d’une participation temporaire à un même récit ?
Avoir un pénis, une vulve, ou autre, est un constat dans le domaine de ce qui est observable et palpable. Ensuite, se genrer avec il, elle ou iel, est un récit.
Se croire légitime est un récit.
Se croire légitime à haïr les gens différents de nous n’est qu’un cas particulier de ce genre de récit.
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Ce que je pense est un récit, ce que j’exprime à partir de ma pensée est un récit à partir d’un premier récit ; et ce que tu comprends d’un auteur, ou d’un interlocuteur, est encore un nouveau récit.
L’orgueil est un gardien du récit personnel.
Les lois, l’État, les organisations confessionnelles, sont les gardiens d’un récit plus vaste.
Les vastes récits peuvent organiser une société dans laquelle chacun.e peut trouver un rôle interactif qui respecte son propre récit, le récit d’autrui, et le récit collectif.
Mais (cf. le chapitre sur les utopies), quel humain est vraiment capable de créer un récit durable et satisfaisant pour tous ?
Le libéralisme économique était supposé être le récit par excellence qui respecte le récit de chacun (chacun pouvant faire ce qu’il lui plaît, tant qu’il en a les moyens -moyens qui étaient supposés être acquis légitimement grâce au Dieu « libre marché » aidé de son récit publicitaire).
L’observation de la réalité montre une opposition entre le récit (le mythe, le rêve américain) et la réalité :
une stabilité partielle et éphémère qui repose sur une iniquité profonde et des ravages du biotope.
NB. j’ai conscience de critiquer la branche sur laquelle je suis assis : je jouis du rôle de celui qui peut acheter l’appareil photo et la voiture bourrés d’électronique. Mais quel autre humain a fabriqué ces composants, et dans quelle législation du travail ou quelle absence de bientraitance au travail, et dans quelle absence de respect environnemental ?
Si je veux être cohérent avec mon récit de justice et de respect du biotope, je dois plus sévèrement boycotter de nombreux produits de mon quotidien.
Existe-t-il un devoir moral ? Cf. ci après.
Le récit / le narratif culturel (deuxième partie)
Cette précédente réflexion m’amène à préciser que les injonctions, les ordres donnés à autrui ou à soi-même, le sont vis à vis d’un récit que l’on considère réel et impératif en lui-même.
Sans sacralisation d’un récit : aucune motivation à (se) donner des ordres.
Ce constat est repris par les tyrans aimant faire croire que « sans ordres (ceux du tyran seulement), point d’ordre ».
Cependant, les tyrans s’appuient généralement sur un récit religieux, sous-entendant qu’un ordre divin existe, et qu’ils n’en sont que le serviteur.
Une fable.
Un récit opposé à la tyrannie, au fascisme, est la croyance de nombreux philosophes en la raison : celle-ci est supposée structurer nos actes et rendre chaque être autonome, une fois doté d’une méthodologie cognitive lui évitant le chaos personnel.
Mais cela présuppose que la pensée et la conscience seraient produites par notre corps (notamment le cerveau) et cela est controversé.
Un autre récit d’opposition est le New-âge -et l’idée que nous sommes tous Dieu en devenir (je commente plus subtilement le New-âge dans un chapitre à paraître).
Un récit relativement récent est celui de l’intelligence artificielle qui devrait être aux commandes de tout -dans le déni que nous ne sommes pas des machines, et que la machine est dépendante de ses concepteurs.
Très souvent, le discours d’opposition à un tyran est un autre discours tyrannique ; un discours explicite ou larvé.
Exemples de discours explicite : un empereur qui veut détrôner une noblesse, un État totalitaire juridictionnel qui veut détrôner un empereur.
Un tribunal international qui veut débouter une Justice étatique.
Exemples de discours à la tyrannie larvée :
° la télévision, supposée apporter facilement la culture partout, mais qui permet à quelques acteurs privilégiés de contrôler le récit subjectif servi au plus grand nombre.
° les militants qui -au nom d’un idéal apparemment sain- versent dans la censure de ce qui leur déplaît.
Ceci étant dit, je viens de m’autocensurer, de ne pas citer d’exemples précis de militants de la censure, car je constate que leurs idéaux m’affectent. J’ai encore des contradictions internes à explorer : pourquoi ai-je si peur de leur récit normatif, tandis que je prétends me rendre compte du côté #illusoire de tout récit ?
A propos de censure, cf. la réflexion de Coluche : « la dictature c’est ferme ta gueule ; et la démocratie c’est cause toujours ».
Les récits collectifs qui tentent de s’imposer appellent généralement à haïr les personnes perçues comme des ennemies de l’organisation sociale -laquelle est décrite comme permettant à des millions de personnes de vivre. Sous-entendu que toute déstabilisation du récit fédérateur pourrait engendrer un fin de la coopération des masses au système, ce qui engendrerait ensuite le chaos.
La réalité est loin d’être aussi simple, parce que d’une part les régimes organisés (capitalisme, stalinisme, royaume, empire fasciste…) génèrent eux aussi du chaos et des meurtres par millions, et d’autre part,
tant qu’on confond récit et réalité, on n’est pas encore aptes à l’autonomie tant rêvée.
En réalité, on n’a aucune certitude de ce qui se passerait si on interrompait les récits supposés organiser au mieux le réel. On a le récit des films américains post effondrement, les théories survivalistes, et j’ai le souvenir relaté ci après.
La révolution brutale qui change le récit mais n’améliore rien.
Au cours d’une université d’été (que je préfère ne pas citer explicitement), un putsch a éjecté une direction que j’adorais (car derrière sa hiérarchie verticale, elle permettait la pluralité des opinions et des participant.e.s au sein des ateliers).
Le récit qui présidait à ce putch était :
plus d’horizontalité (démocratie), et d’éthique.
Mais ce qui est survenu, en vrai, est une ambiance délétère, un tremplin pour des guerres de sous-chefs, ainsi que des procès populistes autour de chaque événement indélicat (notamment un homme qui avait giflé une femme). La gifle a choqué, conduit à des propos sexistes androphobes haineux. Mais ultérieurement, lors de divers simulacres de procès de Justice, et véritables assemblées vindicatives, on a appris que cet homme et cette femme avaient un long historique de se gifler, tantôt l’un, tantôt l’autre. Tous ces procès populistes avaient été le symptôme d’un chaos émotionnel et intellectuel, et avaient été amplifiés par des prétendant.e.s leaders jouant sur la libération des instincts agressifs latents.
En résumé de ce souvenir : il y avait une organisation non démocratique permettant à quelques leaders de structurer un événement culturel éclectique, permettant à toute personne, de n’importe quelle opinion, de coexister ; et la révolution a généré des violences et des régressions multiples. Etait-ce là une étape vers un mieux ultérieur ? Pas de mon point de vue : cette université d’été est devenue le fief des vainqueurs d’une idéologie. Elle n’a pas atteint plus de lucidité, elle a changé un récit pour un autre, un chef autoritaire pour une dictature d’une certaine partie du peuple.
Etait-ce une expérience nocive ? Pour l’événement culturel oui. Mais ce fut aussi une expérience très instructive. Merci.
Cet exemple vient appuyer ceci :
je ne suis pas en train d’appeler à interrompre les récits fédérateurs du « vivre organisés en société ».
Cependant, je n’exclue pas que lorsque la maturité individuelle le permettra, on ait intérêt à délaisser divers mensonges supposés nous aider à coexister.
Par conséquent, je suis intéressé par les régimes qui n’obligent pas à s’aligner avec l’état d’esprit du plus ignorant des chefs, ni du plus avide des riches.
Et puisque l’émancipation cognitive et spirituelle ne se décrète pas (c’est un processus), je suis en faveur, pour ce qui me concerne, de continuer à arpenter le chemin, notamment de continuer à apprendre à observer la vie sans formuler de récit-jugement rigide à propos de ce que je rencontre.
L’expérience de nombreux mouvements militants qui n’ont vu qu’un aspect d’un problème, donc ont créé du désordre en même temps qu’ils réparaient quelque chose, attire notre attention sur les écueils de quitter un récit sans savoir discerner la nature du récit elle-même.
La question que je pose n’est pas « Existe-t-il une vie satisfaisante sans récit ? » Car cette question, en elle-même, suppose que le récit est un problème potentiel, et cette supposition est en elle-même un récit affirmatif à peine déguisé en question.
Ce n’est pas une question mais un ressenti qui m’anime. Un ressenti agréable lorsque se distinguent les contours des #illusions qui m’animaient précédemment, laissant une place à une observation moins teintée de récit.
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L’idée ici n’est pas de rejeter un récit nocif (telle idéologie, tel régime). Cela je le fais dans d’autres pages.
Ici, j’invite à s’extraire de la confusion entre soi et un récit à propos de soi ; entre l’hypothétique réalité et l’illusion criarde.
Notamment parce qu’une quête de liberté qui se limiterait à échapper à un dictateur, mais qui ne voudrait pas apprendre à considérer le côté illusoire du récit en lui-même, serait probablement vouée à retomber dans les filets d’un autre tyran (le tyran conséquence de notre propre désir d’être manipulés).
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Les rêves nous font entrer dans une autre forme de récit.
La méditation semble être un outil pour s’évader temporairement du récit.
Le récit / le narratif culturel (troisième partie)
Les violences et meurtres proviennent-ils…
° d’un récit culturel prosélyte et invasif (comme l’Histoire et les actualités semblent le montrer),
° d’un manque de récit modéré (comme l’État et les religions modérées le prétendent en montrant du doigt tout extrémiste, voire simplement toute personne radicale)
° de facteurs économiques et politiques (comme les journalistes d’investigations le révèlent),
° ou de raisons moins connues (que la psychologie effleure et catalogue hâtivement) ?
L’être humain est-il l’ancêtre du système d’exploitation d’un ordinateur moderne, et les récits sont-ils les ancêtres des logiciels de jeux vidéos ?
Certains récits affirment que nous arrivons sur Terre avec une suite logicielle invisible (un karma) ;
d’autres affirment que notre logithèque opérationnelle est palpable (notre ADN) ;
le new-âge promeut l’épigénétique : la capacité d’un récit choisi volontairement de modifier notre destinée….
Mais qui est notre ancêtre ? Le concept de filiation est-il lui-même teinté de récit ?
L’ego est-il un récit, un auteur, les deux, ou rien de tout cela ?
Dénoncer un mensonge (par exemple une fausse expertise ou une corruption d’une institution ou d’une entreprise privée) demande un certain courage.
Nommer le récit n’est pas une dénonciation d’un mensonge, c’est la mise en lumière d’un fondement de vie basée sur une notion assez proche du mensonge.
Comprendre la nature du récit peut soulager de nombreuses souffrances issues de l’attachement au récit (puis du nocif récit de ratage qui en découle dès lors que la réalité ne conforte pas notre récit intériorisé).
Ce site est lui-même un récit. Intentionné positivement, mais un récit quand-même.
Le recueil de photos en est un aussi : ces photos ne reflètent pas ce que je ressentais durant les randonnées, ni les énergies invisibles en présence, mais seulement une partie de ce que j’ai vu, et que les capteurs photo ont interprété.
Le récit / le narratif culturel (quatrième partie)
Les médias fabriquent un narratif (sur la base d’une sélection de faits réels ou imaginaires).
école-collège-lycée fabriquent un narratif (sur la base d’une sélection de faits historiques, scientifiques, ou simplement conventionnels et issus de croyances répandues).
la religion est un narratif (sur la base d’une sélection d’interprétations-traductions d’écrits et traditions orales).
Les familles et foyers parentaux créent un narratif (sur la base d’une sélection souvenirs éducatifs et de volonté propre)
et en amont, notre ego crée un narratif (sur la base d’une sélection de souvenirs interprétés et de décodage de sensations).
C’est un réel soulagement de vivre selon une histoire qui semble cohérente, même si elle ne l’est pas forcément. Par exemple, c’est facile de se sentir citoyen, aimé de Dieu, bon parent, dans un monde dans lequel on a un salaire, un récit cohérent rappelé chaque soir au JT et dans le rôle parental, chaque semaine sur le lieu de culte… mais ça ne présage en rien de la réalité. Qu’elle qu’elle soit, il existe d’autres narratifs autour de la même réalité. Par exemple l’enfant peut se sentir mal aimé, après la mort rien n’exclut qu’on ne monte pas au paradis, et notre citoyenneté a pu se résumer à voter pour des régimes invariablement fous qui ont contribué à ruiner le biotope et maintenir les ultras riches, les ventes d’armes et les guerres.
Autrement dit, le narratif est à plusieurs visages : rassurant-paralysant, stressant-exploiteur, paranoïaque-pathologisant… Peut-il être lucide ?
Un narratif peut-il être lucide comme le prétendent médias, institutions scolaires et orateurs prosélytes, ou est-il nécessairement fiction (comme l’assument auteurs de romans, films, séries…) ?
La question n’est pas anodine, car la réponse conditionne la vie politique et personnelle : elle conditionne l’enrôlement politique, associatif, patriotique, l’obéissance, la soumission, les crimes passionnels, la tolérance, etc.
L’idée développée dans ce blog, pour le moment du moins, est qu’un narratif peut toujours venir en remplacer un autre -tant qu’on n’apprend pas à vivre sans croire :
le mythe démocratique vient remplacer le mythe royaliste, le mythe de l’austérité écologique vient remplacer le mythe du libéralisme fou, … comme un cauchemar sans fin. Cauchemar ? Non, ça aussi c’est un narratif, tout comme le narratif de la propagande consumériste est un faux rêve.
Ni rêve ni cauchemar !
Apprendre à observer sans juger.
Juste regarder la vie sans cynisme :
des personnes ont peur de quitter leur narratif (de bon parent, citoyen, religieux, militant, spirituel adogmatique…) de peur de devenir des psycho-sociopathes.
Certes on en a des exemples en haut lieu. Mais ça aussi c’est un narratif (simpliste de surcroit).
Autrement dit, ne plus croire aux narratifs, comporte l’épreuve de ne pas tomber dans un narratif nihiliste et destructeur. C’est pourquoi les narratifs ne sont pas que des illusions trompeuses nous conduisant aux guerres et à la ruine du biotope. Ce sont aussi des garde fous.
On ne supprime pas les garde fous avant l’heure.
Une analyse autour des défenseurs du récit de la Terre plate :
video : L’Argumentarium : Terre plate : et si on avait raté quelque chose
Cas particuliers de récits :