La prière / les dogmes religieux / naturel versus culturel
M a jour avril 2026 a
La #prière
La prière nous fait-elle accorder une importance démesurée à une représentation imaginaire de Dieu ?
La prière est-elle un acte désintéressé et utile -utile à qui et pourquoi- ?
La prière est-elle mal comprise et utilisée pour nos caprices ?
La prière – caprice ; les souhaits
Les désirs (les #vœux pour le futur) sont généralement des #pensées tournées vers le passé.
Ce que l’on imagine désirer est souvent conçu à partir d’une pensée de manque, et d’une hypothèse de ce qui comblerait ce manque.
Par exemple : « je voudrais tant le/la revoir » ou « je voudrais être un médecin émérite (comme papa) », ou « je vais lui faire regretter son insolence, qui n’a que trop duré »…
Un vœu est moins orienté vers le passé lorsqu’il est moins précis. Par exemple : « je veux la paix », ou « je veux guérir », ou « je suis santé parfaite »…
On retrouve les mêmes écueils qu’avec la pensée positive New âge.
Mon père n’est pas mon Père
Si la prière religieuse est enseignée tôt aux enfants, notamment à un âge où ils sont extrêmement dépendants des adultes qui les entourent, ils pourraient s’imaginer que Dieu est similaire à ces adultes. Cela pourrait amener les enfants à adopter des représentations très variées de Dieu : depuis un pourvoyeur de tous leurs caprices, jusqu’à un personnage détestable, en passant par une personne juste et aimante, ou au contraire négligente −selon l’image qu’ils ont des parents.
Si l’humain conduit sa vie spirituelle comme il se comportait avec ses parents, cela peut avoir de multiples conséquences. Par exemple, enfant, si on cherchait à faire des bêtises pour provoquer nos parents, adulte on pourrait chercher à commettre des dommages à « la création divine », pour savoir si l’on sera réellement puni.
Qu’est-ce qu’un #dogme?
Un dogme est un concept (une idée), ou un ensemble de concepts, vrais, partiellement vrais, ou totalement faux, qui se prétendent être ce qu’il faudrait #croire, ce qui serait la meilleure marche à suivre.
Un dogme est souvent #religieux (prétendument émanant de Dieu, directement ou via une un ou des messagers inspirés par Dieu).
Mais un dogme peut être moral sans être rattaché à une religion (racisme, humanisme, scientisme, Droits de l’Homme) ; il peut être économique (consumérisme manipulé par la publicité, loi du marché, communisme…).
Un dogme peut feindre de ne pas être un dogme : le scientisme (conclusions présentées à tort comme issues d’une démarche scientifique neutre).
Un des soucis des dogmes et de taire les messages subjectifs du cœur au seul profit de l’intellect. Un intellect bridé par des a priori enfermants.
Le problème du peu de place laissée au cœur est dramatique concernant des croyances fausses, mais il demeure un équilibre à maintenir, même lorsqu’il s’agit de connaissances vérifiées.
Lorsqu’un dogme enseigne la culpabilité existentielle -ce que font à peu près toutes les religions de pouvoir-, on peut se retrouver avec le cœur endolori.
Vivre harmonieusement ne passe donc pas seulement par écouter le cœur, mais par écouter un cœur guéri de toutes les attaques à l’encontre de sa splendeur.
Précisons » #interprétations » religieuses
Une #religion est supposée relier au divin.
Certains parlent de « l’amour de Dieu ».
Mais au nom de l’amour divin, certains ostracisent, violentent, tuent, d’autres font la paix.
Ce sont des manières différentes d’interpréter le divin.
« Interprétation », car les socles idéologiques s’appuient souvent sur des traductions de textes symboliques (sujets à interprétations), de textes sur lesquels il existe de nombreux points de vue différents, voire opposés ;
des points de vue différents qu’il s’agisse d’historiens, de théologiens, de philosophes… et selon le niveau culturel et l’ouverture de cœur et d’esprit.
La Bible, comme d’autres textes #sacrés, ont toute une Histoire (le texte a été conservé par certains hommes de pouvoir qui ont notamment choisi -quelles évangiles conserver, lesquelles renier). Le Coran a également une histoire séculaire.
Quel texte n’aurait jamais été remanié ?
Les textes sont traduits d’une manière puis parfois d’une autre grâce aux évolutions de la linguistique…
Par exemple, chez les #Chrétiens, on trouve une #Église #catholique qui refuse le mariage homosexuel, mais on peut trouver beaucoup de Temples protestants qui acceptent de marier des couples homosexuels.
Dans les deux cas c’est au nom de la Bible, la même Bible !
Autre exemple,
Certains courants définissent le péché comme une faute morale condamnant à l’exil en enfer ; et d’autres le définissent comme un objectif non atteint (donc comme un simple retard, un apprentissage dans nos réussites, quasiment un passage obligé).
Parfois, certains courants se présentent comme l’unique vérité, et disqualifient les autres interprétations d’une même religion, ou les autres religions. Mais un courant est une somme d’humains.
Existe-t-il seulement un seul humain légitime à affirmer qu’il détient LA vérité ?
#Islam #Bouddhisme #Judaïsme #Paganisme #Musulmane #Juif #foi
Est‑ce #naturel ou #culturel ?
Pour rappel, ce qui est naturel existe indépendamment de toute conception humaine.
Par exemple, l’humain naît nu. C’est sa nature d’avoir un corps. Ensuite, l’humain s’habille en fonction d’une culture vestimentaire.
Ce qui est culturel dépend de l’ensemble des apprentissages humains qui conditionnent nos raisonnements, qui nous permettent de communiquer dans un registre convenu.
Nous avons approuvé ces apprentissages, ou nous sommes en conflit contre eux, mais ils constituent notre culture. Mettre un vêtement, ou prononcer un mot, est un geste à la fois banal, et résultant de l’Histoire.
Naturel : existe indépendamment de ce que l’on en pense, indépendamment de ce qu’on en dit.
Culturel est à rapprocher des notions de norme/normal, de société et ses lois, de autorisés et interdits (par un prêtre, par les parents, par les habitants du même quartier…)
Exemples : si des gens nous rejettent parce que nous portons des jeans, une djellaba, ou du maquillage, ce n’est pas notre nature qu’ils discriminent, c’est notre culture et nos choix.
Si des gens nous maltraitent parce qu’ils ont des préjugés sur notre identité (sexe, couleur de peau…), c’est notre nature qu’ils discriminent.
L’expression « contre‑nature » fait-elle sens ?
Elle signifie que certains comportements ne respecteraient pas un ordre naturel des choses.
Mais affirmer que quelque chose serait contre‑nature, ou au contraire naturel, supposerait que l’on sache vraiment ce qu’est la nature.
Est‑ce le cas ? La percevons-nous comme devant être conforme à nos croyances, ou l’observons-nous sans préjugés ?
La ressentons-nous, la comprenons-nous avec sagesse, l’interprétons nous selon des prétendus savoirs, la négocions-nous comme une ressource pour les industries ?
Chimpanzés vs Bonobo. Le roi borgne. chanson
Lorsqu’un discours, contient » #contre-nature », on peut presque toujours le remplacer par la locution « contre‑(ma*)‑culture ».
Par exemple, l’acte sexuel hors mariage, existe naturellement (bien avant que n’existe le mariage).
Un tel acte n’est pas « contre-nature » mais « mal vu » par certaines #morales ou #cultures.
Et ainsi de suite concernant un amour homosexuel,
et tous ce que rejettent certaines cultures.
« ma » culture ?
« ma » culture est un langage avec équivoques :
on ne possède pas une culture.
On peut en mimer les rôles au point de paraître identique à un autre membre de cette culture,
on peut l’aimer,
mais elle n’est ni nous, ni à nous.
On a parfois une marge de manœuvre pour l’infléchir, la cocréer, et parfois elle est pure norme rigide, gardée par des gardiens plus influents que nous.
Parfois des gens ont peur qu’en autorisant l’homosexualité, tout le monde devienne homo, et qu’il n’y ait plus de procréation.
D’une part cela révèle que la personne a peur de devenir elle-même homo (elle est incluse dans le « tout le monde ») ;
d’autre part, c’est confondre reproduction et sexualité :
on peut faire l’amour sans pour autant procréer.
(Il faut toujours un homme et une femme pour procréer ; mais pour jouir sexuellement, d’autres combinaisons existent).
En outre, la vie affective et sexuelle ne se résume pas à la sexualité, il y a des sentiments, des formes d’amour subtiles ;
et même dans la sexualité, l’acte ne se résume pas à une pénétration.
Une diversité de désirs, de la beauté, de la douceur, sont possibles dans toutes les relations.
Naturalisation vs pathologisation
Dire que quelque chose est naturel, ou est pathologique, revient à juger à partir de ce que nous croyons être la nature, la vie, le sain, etc.
Combien de personnes ont commis des violences envers ce qu’ils ont jugé pathologique, non divinement acceptable, ou non naturel (obliger les gauchers à écrire de la main droite, exciser, tuer un non converti, gaver de médicaments aux effets secondaires lourds, mutiler une personne intersexe (défini sur la page LGBTI)…
D’un autre côté, combien de vies ont été sauvées grâce à la compréhension de pathologies qu’on a pu soigner à temps ?
Ce que nous ne comprenons pas n’est pas nécessairement pathologique.
Comment un.e humain portant un vêtement synthétique, conduisant une voiture au lieu de marcher naturellement quand il le pourrait, consommant un OGM au lieu d’un légume bio, ayant renié une bonne partie de ses émotions et sentiments naturels au nom d’un #dogme, peut-il se sentir légitime de pointer du doigt un autre humain et de crier « tu es contre nature » ?
cf. chapitre sur la vision en quasi miroir.
Synthèse naturel / culturel
| Naturel | Culturel |
|---|---|
| * L’existence de la vie, * Nos ressentis spontanés (qui peuvent être fluides et évolutifs) | * Nos croyances à propos de Qui a créé la vie. * Nos ressentis modifiés du fait de nos croyances. * Nos concepts d’autorisé et d’interdit. |
Arrivé à un certains niveau d’apprentissage, comment distinguer ce qui est naturel ou culturel en nous ?
o0o
| Naturel | Artificiel |
|---|---|
| Le fruit | Les arômes naturels, les arômes artificiels |
#Matrix, scène de l’architecte
blogs d’autrui en lien avec le thème de la prière et de la religion :
http://rockyrama.com/super-stylo-article/matrix-reloaded-larchitecte
copié collé de l’article (en cas de disparition de la cible du lien)
Matrix Reloaded : L’Architecte
Il s’agit probablement de la scène la plus célèbre (mais aussi la plus moquée) de Matrix Reloaded, celle qui en 2003 a définitivement séparé le public en deux groupes : les admiratifs, qui allaient nourrir les rangs d’exégètes sur Internet ; et les déçus, dont la colère a fait trembler les pontes de la Warner. Cela tombe bien, cette notion de séparation (mais aussi l’exégèse et la colère) est précisément au cœur de cette séquence assez unique dans l’histoire du blockbuster.
Texte par Rafik Djoumi paru initialement dans le Hors-série Rockyrama Matrix.
Ceux qui ont vu plusieurs fois le film Matrix Reloaded en salle à sa sortie ont très certainement constaté ce spectacle étonnant : dans les premières secondes de la scène de l’Architecte, toute la salle ou presque est animée d’un mouvement vers l’avant ; les têtes se décollent sensiblement du dossier, se redressent, comme pour mieux digérer une information très attendue. Et les paroles de l’Architecte, dans ces premières secondes, sonnent alors comme un camouflet, bien plus à destination du public que du héros : « Tu as beaucoup de questions. Bien que le processus ait altéré ta conscience, tu demeures irrévocablement humain. En conséquence, certaines de mes réponses seront comprises et d’autres pas. »
Voilà un formidable culot de la part des scénaristes qui prennent d’emblée le pari que les explications logiques de l’Architecte ne seront comprises qu’à moitié, car justement trop « logiques » pour un humain. Notons également qu’en évoquant le « processus qui a altéré ta conscience », le film s’adresse tout autant au héros qu’au public, dont la lecture de ce second volet s’est forcément déroulée sur un autre plan, moins intuitif, qu’à l’époque du premier.
L’Architecte se présente donc comme « le créateur de la Matrice » et raconte à Neo comment sa création « parfaite » ne pouvait maintenir son harmonie et sa précision mathématique du fait de « l’imperfection de l’être humain ». Il dut se résoudre à intégrer dans ses équations l’anomalie systémique que Neo représente et dont il est, à ce moment présent, la sixième incarnation.
Sur les forums en 2004, certains spectateurs n’hésitèrent pas à considérer ce personnage comme « le Dieu de la Matrice », à rapprocher son allure éminemment patriarcale des anciennes représentations bibliques, et à considérer que ce sixième Neo renvoyait au Sixième jour, celui de la création du jardin d’Eden et du premier homme : Adam. D’autres spectateurs rapprochèrent ce personnage du Grand Architecte de l’Univers, principe adogmatique cher à la Franc-maçonnerie qui permet d’approcher rationnellement l’ordre mathématique de la Création (ce à quoi nous invitaient d’ailleurs les engrenages du générique). Ces deux décodages sont tout à fait valides et ont très certainement été souhaités par les Wachowski.
Gnose
Mais au regard du pitch original de Matrix, l’Architecte peut également être vu comme l’illustration d’une autre figure célèbre de l’histoire des religions : le Démiurge.
Dès la sortie du premier épisode, de nombreux universitaires avaient fait constater la nature éminemment gnostique de l’œuvre et certains textes avaient été relayés par le site officiel du film. Mouvement chrétien ayant connu un grand développement au IIe et IIIe siècle, le gnosticisme stipule que le monde matériel a été créé par un demi-dieu inférieur et imparfait (le demi-urge) afin d’emprisonner les âmes divines que sont les humains, et les maintenir dans l’ignorance du caractère illusoire de ce monde qui est leur prison. Pour s’en libérer, l’individu doit retrouver en lui son étincelle divine et, par l’accès à la connaissance (la gnose), transcender ces barreaux spirituels que le Démiurge a placés autour de lui. Au fondement même de la dynamique catholique du péché qui doit mener au repentir, le gnosticisme oppose la dynamique de l’ignorance qui doit mener à l’illumination. Se révélant donc parfaitement incompatible avec l’exercice d’un pouvoir religieux, le gnosticisme a été très violemment combattu par l’Église et ses textes furent détruits. Longtemps, on ne connut de ce mouvement à multiples visages que ce que les textes de réfutation et de condamnation laissaient entendre. Ceci n’empêcha pas la résurgence régulière « d’hérésies » très similaires au gnosticisme à travers l’histoire (comme celle des Cathares, qui furent massacrés lors de la première croisade) ou la persistance d’une intuition gnostique dans les œuvres d’artistes (Rabelais, Shakespeare, Flaubert, etc.). Selon les principes gnostiques, cette persistance au fil des siècles s’explique chez l’individu par le phénomène de l’anamnèse, une réminiscence des vies antérieures.
Le dernier grand écrivain à avoir affirmé publiquement la nature gnostique de son œuvre est Philip K. Dick, certainement l’un des piliers majeurs dans l’élaboration du script de Matrix. En 1974, l’auteur SF de génie vécut une crise mystique qui lui révéla que nous vivions toujours au temps des premiers chrétiens et que l’Empire romain n’avait fait que changer de dénomination. Rétrospectivement, toute son œuvre, marquée par une remise en cause systématique du « réel », pouvait se relire à la lumière de cette révélation gnostique que l’auteur consignera dans son essai L’Exégèse de Philip K. Dick.
Avec des rebelles de Zion qui élaborent leur stratégie dans les cryptes de la ville, de la même façon que les premiers chrétiens se retrouvaient dans les sous-sols de Rome, avec une Matrice qui envoie régulièrement ses Sentinelles pour les traquer, l’œuvre des Wachowski emprunte également à l’imagerie qu’on associe à ces premiers « hérétiques ». Et ce qu’elle en extrait, à un niveau thématique, c’est la question fondamentale de la connaissance, de la gnose, qui ornait l’entrée de la cuisine de l’Oracle : « Connais-toi toi-même ».
Génèse
La confrontation au Démiurge/Architecte apparaît donc comme l’étape nécessaire de la transcendance, les prémices de l’effondrement d’un monde (d’illusions). Dans cette séquence, le choix biblique qui va être soumis à Neo est de sauver l’humanité ou de sauver Trinity. Il choisira Trinity et, en conséquence, la destruction de son monde. Au début de la séquence, l’entrée de Neo dans la pièce de l’Architecte donne lieu à une étrange image de l’espace, avec une étoile en surbrillance. La caméra sort de cette image et nous fait découvrir qu’elle n’est qu’un écran parmi tout un mur d’écrans. Nous avons vu précédemment (voir chapitre – The Matrix has YOU) que ce mur d’écrans était déjà visible dans le premier film, en préambule de la scène d’interrogatoire, et qu’il nous montrait non pas une image de Neo mais des alternatives, tous ses choix possibles. Or, cette scène d’interrogatoire est aussi le premier instant où Neo démontrait son aptitude à la désobéissance en faisant un doigt d’honneur (voir chapitre – Politis). Ce geste, c’est ce que l’Architecte a vu et ce sera la nature de l’épreuve qui va suivre. Neo sera-t-il à la hauteur de ce que le Mérovingien et Perséphone ont cru déceler (voir chapitre – Le Mérovingien) ? Est-il en mesure d’affronter la conséquence d’une désobéissance suprême ?
Si la séquence débute sur une image du cosmos, c’est qu’elle est en soi de nature cosmogonique. Elle souligne, bien sûr, que la pièce de l’Architecte se trouve hors du monde (de la Matrice ou de Zion) et probablement hors du temps. Elle invoque surtout la nature biblique de ce qui va se jouer. Nous évoquions plus haut l’image de Dieu, celle du Sixième jour, du jardin d’Eden et d’Adam. Et c’est bien là que nous nous situons. La scène de l’Architecte est une recréation de l’épisode de la Genèse, où Dieu créa un monde parfait en interdisant que l’on goûte au fruit défendu de l’arbre de la connaissance. Un interdit qui fut aussitôt transgressé, le premier acte de désobéissance de l’humanité, sous l’impulsion du serpent. On se doute que ce fruit défendu, tout comme la pilule de Morpheus, tout comme le bonbon de l’Oracle, doit être de couleur rouge. Et si l’on prête attention à la silhouette et à la posture de Neo dans cette séquence, on comprendra qu’à cet instant, il EST le serpent. C’est cette silhouette élancée et impassible, au regard fermé par ses lunettes, que Perséphone a aperçu dans le miroir (voir chapitre – Le Mérovingien) et qui lui a fait deviner son potentiel. C’est aussi ce que Seraph a vérifié lors de son combat avec Neo en lui expliquant « on ne connaît quelqu’un qu’après l’avoir combattu ». Seraph tire également son étymologie du mot hébraïque (« saraf ») qui désigne le serpent.
Les multiples exégèses, et pas seulement gnostiques, qui ont été faites autour de cet épisode de la Genèse insistent sur la relation ambivalente entre Dieu et le serpent. Car le second est une création du premier, tout comme l’arbre au fruit défendu. Le fait que le Créateur ait choisi de placer cet arbre et ce serpent au beau milieu du jardin d’Eden est une invitation à peine déguisée à la transgression, à l’acte de désobéissance suprême qui fera entrer l’humanité dans sa temporalité. On peut dès lors comprendre que ce que l’Architecte attend de Neo, c’est qu’il fasse le « mauvais » choix, le choix aberrant, illogique, qui désobéit aux règles implacables de la causalité.
Trinité
Tous les « choix » qui sont offerts à Neo dans ces deux premiers volets de Matrix sont marqués par un rapport de dualité : prendre la pilule bleue ou la rouge ; prendre ou ne pas prendre le bonbon rouge offert par l’Oracle ; affronter Smith ou le fuir ; choisir la porte de gauche ou de droite dans la salle de l’Architecte, ce dernier étant vêtu tout de blanc et Neo tout de noir, etc. Cette mécanique révèle la conception binaire de cet univers (« Action/Réaction » dirait le Mérovingien) et la nature mathématique du piège qui enferme tous les protagonistes. C’est la nature du monde illusoire, de la prison, créée par le Démiurge/Architecte sous la forme d’une « harmonie de précision mathématique ». Un monde dont l’Architecte lui-même ne peut contourner les lois.
L’Architecte : « Comme tu l’as compris, l’anomalie est systémique et crée des fluctuations dans les équations simplistes. »
Neo : « Le choix. Le problème, c’est le choix. »
Si le but de Neo, comme le suggérait l’Oracle, n’est pas de faire son choix mais de le comprendre, alors il lui faut dépasser l’équation du 0 et du 1 et atteindre un palier « supérieur », c’est-à-dire non plus binaire, mais trinitaire.
Dans le premier épisode, le baiser de Trinity est ce qui donne véritablement naissance à Neo, à l’anomalie systémique. Et ce que contient ce baiser est quelque chose de parfaitement illogique, instable, que même ses bénéficiaires ne « comprennent » pas et ne cherchent pas à comprendre. Cet amour exclusif qui unit Trinity à Neo n’est pas simplement romantique. Il peut même, par certains aspects, apparaître dangereux. Rappelons que lorsque le peuple de Zion s’adonnait au cérémonial orgiaque et tantrique visant à unir la communauté dans la libération de sa pulsion sexuelle, Neo et Trinity choisissaient de s’isoler et de « faire l’Amour » jusqu’à fusionner en une créature androgyne (visible en fin de séquence lorsqu’ils s’enserrent) qui menace l’ordre de ce monde. Si nous étions gnostiques, nous dirions que Neo et Trinity se sont révélés réciproquement leur étincelle divine, qu’ils l’ont reconnue chez l’autre. En disant cela, nous pénétrons sur les terres mystiques, et même hérétiques, de Tristan et Iseut. Les terres d’un « Amor » aussi exclusif que destructeur qui va bouleverser la mystique médiévale et qui, de chants d’Amor en poèmes en pièces de théâtre (Roméo et Juliette) nourrira la notion d’individualisme du monde occidental. Neo est disposé à détruire le monde pour sauver Trinity et la force de l’anomalie qui les unit génère une troisième voie que ni l’un ni l’autre ne représentait. On retrouve cette « magie » trinitaire au Moyen-âge, à la fois dans la littérature alchimique (les noces chimiques entre le principe mâle et femelle) et dans le mythe arthurien du chevalier dont la lance doit percer entre les deux opposés pour atteindre un troisième point qui est leur source (d’où le nom de « perce-à-val »). Cette image des deux flancs opposés se rejoignant et se mariant en un troisième point qui est leur source, est aussi ce qui constitue le symbole le plus simplifié du Graal : deux lignes qui se rejoignent et deviennent une. Or, l’Architecte a bien reconnu ce principe transcendant que n’ont pas connu les précédentes occurrences de ce couple : « Alors que les autres n’en ont rien tiré de spécial, tu as poussé l’expérience plus loin en ce qui concerne… l’amour. » Il marque un temps d’arrêt avant de prononcer ce mot dont les paramètres échappent à ses systèmes d’équations. Comme le ferait une machine qui ne peut accéder à ces paramètres, il tente de définir le processus qui parcourt Neo d’un terme qui ne peut suffire à le circonscrire : « L’illusion quintessentielle… » Essentiellement humain.
Comprenons bien que, pour l’Architecte comme pour l’Oracle et comme pour tous les protagonistes de ce récit, le choix aberrant que fait Neo, à la fin de cette épreuve, est une victoire.
Revolutions
Une fois passée cette porte, le processus implacablement logique qui a guidé la lecture de ce deuxième volet devient inopérant. Neo s’empresse de briser les chemins (« paths ») que suivaient mécaniquement ses compagnons. Il annonce sans sourciller à Morpheus : « La prophétie est un mensonge. L’Élu ne met fin à rien. C’était un autre système de contrôle. » Il arrête les sentinelles dans le monde « réel » comme s’il était à l’intérieur de la Matrice. Et le spectateur comprend de lui-même qu’il lui faut à nouveau réviser son mode opératoire, qu’il doit dorénavant se fier à la fois à son intuition, à sa logique et… à quelque chose de plus.
Il est intéressant de noter qu’en 1987, le dramaturge David Mamet avait mis en scène, dans son thriller Engrenages (House of Games), une relation très équivalente à celle qui unit Neo à l’Architecte et à l’Oracle. En effet son héroïne se retrouvait prise entre deux « forces », celle d’une collègue thérapeute âgée qui lui sert de mentor et celle d’un séduisant arnaqueur manipulant quasi mathématiquement la fragilité des systèmes de croyances de ses victimes. Tandis que le spectateur oscillait de l’intuition à la logique, à la façon de l’héroïne, il ne voyait pas comment le film agissait sur lui à un troisième niveau. Apparemment, ce que cherchait à construire David Mamet, grand promoteur des travaux de Joseph Campbell (voir chapitre – Le Cycle cosmogonique), les Wachowski l’ont mené à terme jusqu’à reprendre cette même scène sur un banc public entre l’héroïne et son « oracle ».
Ainsi donc, ce « quelque chose de plus », rendu nécessaire par notre dépassement de l’épreuve de l’Architecte, a en partie à voir (mais pas seulement !) avec la pensée analogique. Car la pensée rationnelle, comme son nom l’indique, « rationne », c’est-à-dire qu’elle découpe, sépare et classe les informations. La pensée analogique, elle, regroupe en cherchant des similitudes, des échos, parfois accidentels ou incongrus. On pourrait consacrer des ouvrages entiers à la façon avec laquelle la pensée analogique semble avoir aidé certains primates à devenir des humains ; on se contentera de jouer sur les mots et décréter que, dans l’univers informatique de la Matrice, la pensée analogique dépasse le numérique. Ce qui la met en action est un processus à la fois intuitif ET logique et ce mode opératoire se révèlera absolument crucial à l’approche de Matrix Revolutions puisque toutes les lectures (intra-diégétiques, logiques, thématiques, symboliques, etc.) s’y confondent ou se substituent l’une à l’autre.
À la fin du premier Matrix, Neo est entré en l’agent Smith et s’est « séparé » en lui, devenant d’un côté L’Unique, « The One », l’anomalie systémique à l’amour exclusif et prête au sacrifice ultime ; de l’autre un agent Smith qui se copie lui-même à l’infini, se nourrit de sa haine et de sa frustration et agit comme un bug qui infecte le système. Opposés en tous points, ils couvrent à eux deux la totalité de l’expérience. La toute fin de Matrix Reloaded est un travelling en plongée directe qui relie le visage de Neo à celui de Bane/Smith, le premier avec la tête à l’endroit, le second avec la tête à l’envers, tous les deux ensommeillés, avec des électrodes sur les tempes qui semblent ausculter leur esprit. Si, à cet instant, le spectateur n’est pas disposé à ouvrir en grand les vannes de toutes les intuitions possibles, des divers paliers de déduction et de toutes les idées a priori incongrues, il aura bien du mal à reconnaître le lien imprescriptible qui lie ces personnages et qui, de retour à la Source, rendra leur fusion (et leur mort) inévitable.
La video ci apres est partagée pour son analyse (pas pour sa pub à la fin) : Matrix n’est pas un film, c’est une initiation ! de Damien Maya.