Le focus positif / l’attention sélective / le souvenir recomposé.
La « pensée positive est-elle un piège ? »
Loi d’attraction ?
CNV ?
Gratitude ?

m à j 20 avril 2026


La #pensée #positive
(Le vœu #positif) :
soin ou duperie ?

#pensée-positive #new-age

Dans cette réflexion, je pars du constat que nous sommes éduqués à réfléchir en terme de positif (bien) ou de négatif (mal).
Mais il y a d’autres cultures, plus subtiles ; par exemple la vision en termes de Yin / Yang (qui n’impose pas la culture du jugement en bien/mal).

Juger est sacralisé, dans le sens où on a créé la Justice, et que les interprétations bibliques les plus répandues parlent d’un jugement dernier.
A contrario, les institutions interdisent aux populations de rendre justice elles-mêmes, et le fait de juger autrui est très mal vu.

Est-ce que la pensée positive s’inscrit dans ce paradoxe et la continuité d’une vision binaire ?
Assurément, puisque le fait même de parler de pensée positive implique qu’il y en a une négative.
La pensée positive est présentée comme l’inverse de la malédiction (maudire = mal dire).

Indépendamment du problème du clivage positif / négatif, tout jugement est toujours une réduction de la complexité de la réalité : une interprétation mentale plus ou moins éloignée de ce qui s’est passé.

Mais plutôt que de rejeter en bloc cette double imposture intellectuelle (juger + le faire de manière binaire), voyons s’il y a quelque chose à en tirer d’utile ?

  • Mieux vivre consiste‑t-il à créer de la joie,
    ou juste à lâcher ce qui obstrue notre joie naturellement présente ?
  • Sait-on porter sur le monde un regard neutre,
    apprécier ce qui existe, tel que ça existe ?
  • Ce que l’on veut cacher (sous du « positif » ou quoi que ce soit d’autre) risque de nous revenir en pleine face plus tard…


Un vœu positif nous aide-t-il,
nous fait-il planer à côté de nos pompes,
ou nous nuit-il carrément ?

Ce qui est habituellement nommé « pensée positive » est plus souvent un vœu, un désir, qu’une pensée inopinée.

Les pensées qui consistent à affirmer être ce que nous voudrions être, ne sont pas nécessairement connectées au réel. Par exemple, prenons les deux affirmations suivantes, souvent utilisées par des personnes en quête de guérison psychique et financière :
« je suis lumière », « je suis abondance ».

Ces deux affirmations sont deux désirs.

Ces deux affirmations sont-elles déjà vraies, au moment où on les prononce ?

Selon un point de vue, oui :
° car il est vrai de dire que nous sommes lumière, étant donné que les atomes qui constituent nos corps sont vibratoires (or la lumière est décrite comme une onde lumineuse),
° car nous sommes déjà dans l’abondance, étant donné que nous jouissons déjà de milliards de cellules en vie.

Mais au moment où on émet ces affirmations-désirs, il est probable que notre ego ne nous trouve ni assez lumineux, ni assez riche.
Cette affirmation positive vient alors entériner la sensation d’être dans l’ombre et de manquer de quelque chose.
Elle vient renforcer l’apparente importance des désirs égotiques.
Elle ne sert pas à avancer vers une attitude plus lumineuse, ni à se renseigner sur comment créer quelque chose à échanger avec les autres.

Si nous étions les pieds sur terre, le cœur apaisé, et heureux, nous ne formulerions probablement pas de vœu de changement. Nous souhaiterions probablement continuer à être nous-mêmes, tel.le.s que nous sommes et tel.le.s que nous deviendrons.

La quête de pensées positives est souvent la conséquence de s’être laissé envahi par des idées sombres.
Les idées sombres qui s’invitent toutes seules sont souvent la conséquence d’avoir trop laissé les pensées diriger notre vie, ou autrement dit, d’avoir bâti notre vie sur une fausse harmonie (notamment les pensées positives créées à tort et à travers).

L’hyper contrôle mental est une forme de disharmonie, probablement au même titre que l’absence de volonté, d’un autre côté.

Cette volonté de nous métamorphoser facilite la création de souhaits extravagants.
Par exemple, une personne sans aucun.e amant.e, peut rêver d’avoir un harem (et affirmer « je fais du sexe sans limites chaque jour »).
Une personne prompte à haïr peut se croire dans l’amour inconditionnel et affirmer qu’elle est un nouveau Jésus.
Cela ressemble à un glissement vers une forme d’aliénation de soi.

Le désir sous-jacent, lui, ce qu’il représente, par exemple une intense satisfaction de vivre, dans les exemples ci-dessus, est révélateur de quelque chose dans notre psyché. Nous pouvons observer ce quelque chose sans chercher à y répondre précipitamment.

o0o

NB. La pensée fantasmagorique ne sévit pas seulement dans le New-Age.

Voici un exemple personnel : dans une formation de travailleur social, les enseignantes aimaient nous répéter qu’en tant que professionnels (en devenir), on savait émettre un avis légitime dans le champ du social.
Mais je ne trouve aucun fondement solide derrière cette affirmation :
Le fait d’apprendre des dispositifs législatifs sur le droit social, d’observer des professionnels plus ou moins compétents et pétris de croyances du « système », et de rédiger des dissertations en vue d’un examen, tout cela ne nous a pas transformés en sages.

Je suppose qu’on fait croire à beaucoup de jeunes qu’en obéissant aux directives de leur métier, ils agissent au mieux.

Le décrochage d’avec la réalité n’est pas une création des méthodes « positives » ; il est la base de toute propagande pour créer une sorte de sentiment de clan, de patrie, de civilisation évoluée…

Cela m’amène à préciser la motivation initiale de ce chapitre sur la pensée positive et sur la loi d’attraction :

* s’affranchir des idéologies consuméristes New-âge,

* ne pas s’inscrire dans l’habitude de gonfler nos égos spirituels.

Comment les gonfle-t-on ? Notamment en feignant une humilité devant Dieu, tout en demandant à l’Univers, ou à Dieu, de pourvoir à tous nos caprices.

Conclusion :
la pensée positive entretient l’erreur de croire que la pensée peut nous sauver. Elle recule le moment où nous cessons de nous laisser envahir par la pensée.
Si toutefois on n’en n’est pas à cette étape, la pensée positive va offrir une béquille qui peut parfois grandement aider à retrouver temporairement le sourire.

« tout flatteur vit aux dépends de celui qui l’écoute » dit la fable, (dont l’auteur reste à prouver).
Lorsqu’on suit des méthodes dites positives, que notre ego se flatte lui-même (« je suis une bonne personne, un bon Chrétien, un bon Musulman, un bon Républicain… » :
aux dépends de qui le fait-il ?
Les moyens par lesquels nous rehaussons l’estime de nous-mêmes sont-ils tous sans danger ?
Ne pourrait-on pas se contenter de lâcher nos idées dévalorisantes, au lieu de les recouvrir d’idées redorées ?