Trois notions voisines :

Le mécontentement :
il est la conséquence émotionnelle d’un jugement défavorable de la situation que l’on traverse (défavorable quant à nos attentes de vie -que ces attentes soient du plaisir et de la légèreté de vivre, des attentes morales pesantes, ou quoi que ce soit d’autre).

NB. le fait d’apprécier ce que l’on a ne veut pas dire « approuver n’importe quoi qu’on nous propose ».

L’arrogance :
elle est une condescendance doublée d’une agressivité plus ou moins intense.

L’esprit critique :
il est la capacité à remettre en question les apparences, les dogmes, les statuts quo sociaux, les ordres reçus…
Il implique une démarche de penser par soi-même.

NB. l’esprit critique peut parfois se confondre avec une attitude de conformisme d’avec un leader critique (exemple : les autoproclamés rebelles « du système », qui croient tout ce que l’on raconte de négatif sur la société).

L’esprit critique est un peu comme une capacité à sortir du déni personnel ou des dénis culturels. C’est une capacité délicate, qui peut très vite dévier en arrogance et en mécontentement. Mais c’est une capacité primordiale et saine si elle est associée à un lâcher prise, à une acceptation de la réalité sans crispations égotiques.

Voici comment l’éducation que l’on reçoit (parfois) nous invite à nous comporter vis à vis de ces trois thèmes :

Dans certaines situations :
injonction à bannir le mécontentement, pour être l’enfant, l’employé, le citoyen.ne, le mari ou la femme docile… respectivement sous prétexte de tranquillité des parents, de menace de perdre l’emploi, de prétexte de patriotisme, ou de culture de soumission/domination.

Dans d’autres situations : mise en exergue du mécontentement, sur des sujets de peu d’importance, pour détourner l’attention de la population des sujets fondamentaux.
Le mécontentement permanent a pour effet de développer un sentiment d’échec -lequel ne produit rien, et gaspille le temps précieux de vie qui pourrait être utilisé à développer nos talents).

Juger ou rentrer en conflit avec la personne qui émet le propos condescendant.
Mais on pourrait aussi développer de la curiosité pour comprendre quel est le déclencheur ou la cause de cette communication insatisfaisante.

Dans une société conformiste et dont ses membres croient être leur ego, l’esprit critique est mal vu :
il est parfois perçu comme de l’arrogance.

Ci-dessous quelques hypothèses pour expliquer le mécontentement, l’arrogance et le fait que certaines personnes développent davantage leur esprit critique.

Le mécontentement :
abandon de la foi en la vie (cette idée va être développée) ?

L’arrogance :
Déséquilibre entre corps, mental, émotions, et spiritualité ?

L’arrogance pourrait aussi être le fruit d’une illusion de liberté :
la société scientiste est arrogante dans sa démarche d’émancipation du divin, dans son illusion de toute puissance matérialiste.
Son arrogance se double de censure : un citoyen lambda est supposé se taire.
Tout comme un enfant est supposé se taire lorsqu’il est élevé par des parents arrogants.
Un jour, cet enfant et ce citoyen se rebellent ; et ils sont alors étiquetés ou fichés comme insolent ou dangereux.
Il est peut-être juste en train de faire ses premiers pas vers la liberté. d’abord une illusion de liberté par la rébellion ; plus tard une liberté grâce à une plus grande maturité.

#réagir

Le mécontentement tue-il ?

L’esprit critique me semble indispensable pour pouvoir exercer le libre arbitre. Reste à savoir si on est lucide et aidant ou en train de monter en épingle une insatisfaction chronique.

L’insatisfaction est une émotion que l’on déguise en un raisonnement (supposé expliquer les causes de nos problèmes).
La lucidité est notamment la conséquence d’une qualité d’attention. elle permet de démasquer les fausses vérités (lorsqu’on ne se laisse pas aveugler par des tempêtes émotionnelles).

Par un exemple autour de l’énergie et de la citoyenneté, distinguons l’esprit critique (la capacité d’analyse), du mécontentement.

Je suis critique vis à vis de la production d’énergie par charbon (polluante immédiatement), par la production nucléaire (accidents majeurs et pollution sur le très long terme), par le stockage d’électricité en batteries (pollution et attaques envers les indigènes vivant sur des terres riches en minerai convoité), et par les très grandes éoliennes et/ou offshore (problème notamment vis à vis des tonnes de béton coulées).

Jusqu’ici, je fais preuve d’ancrage : je me suis informé valablement pour ne plus croire à des mythes -d’une production d’électricité propre.
Je suis dans l’acceptation de la réalité (puisque je prend en compte l’existant).
Jusqu’ici, je n’ai pas figé d’émotion en moi : j’ai seulement été traversé par la colère et la tristesse quand j’ai compris l’ampleur des problèmes environnementaux liés à la production électrique.

Plus jeune, je laissais ces émotions s’incruster en moi). Depuis, j’œuvre à rester apaisé et lucide à l’intérieur. J’accepte ce qu’ouvrir les yeux a généré d’inconfortable.

J’accepte l’existence de ce qui est, mais je réprouve nos choix civilisationnels pollueurs.

J’agis en fonction de ce que j’approuve ou réprouve, en équilibre avec mon désir de paix.

Réagir au mécontentement ?

Si je rentre en dépression parce que je trouve que la société n’est pas comme je voudrais**, ce ne sera pas parce que je suis lucide, mais parce que je suis mécontent de moi-même (mécontent de la partie de réalité que mes sens, mon cœur, et mon intellect, m’ont permis d’appréhender lorsque j’ai commencé à ouvrir les yeux sur un sujet).

**(que je la trouve folle, que je sois déçu que les médias ne relaient pas les informations réellement utiles à la co-construction de la paix, ou quelle que soit la raison : tout cela est un jugement).

Les effets du mécontentement semblent inverses à ceux de la gratitude.
Le mécontentement s’apparente à la croyance suivante : « je suis déçu de la réalité perçue ». Ensuite, nos croyances agissent dans notre inconscient.

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Ce n’est pas seulement le sentiment de mécontentement qui est à questionner, mais aussi la réaction à ce sentiment, notamment :
une surconsommation alimentaire (comme si on pouvait compenser une déception par l’acte de porter un aliment à la bouche) ;
la recherche de jouissances extérieures incompatibles avec notre santé (comme si une surcharge de plaisirs inadéquats pouvait compenser notre incapacité à apprécier notre vie) ;
une intense mise en danger personnelle (comme si l’orgueil nous sauvait de quoi que ce soit)…

Le mécontentement est aussi une émotion qui peut nous traverser sans que cela soit un problème : c’est le figement qui cristallise un problème.
Au contraire, censurer notre mécontentement pourrait avoir un effet nocif (comme avec tout ce que l’on renie).

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→ Si quelqu’un se reconnaît dans des comportements (explicités dans ce livre, ou dénoncés dans des associations de préservation de l’environnement, ou quelque soit l’orateur), svp autorisez-vous à vous sentir bien (comme un non-accusé).
Pourquoi ?
Parce que l’esprit critique est parfois difficile à supporter lorsqu’il ne provient pas de notre propre éveil (lorsque le constat d’un fonctionnement problématique ne semble pas évident à guérir, parce qu’on n’a pas encore ressenti une intuition claire nous guidant).

Un inconfort léger nous aide à changer nos habitudes ; mais pour pallier au défaitisme d’un inconfort trop élevé, il est très utile de contacter une joie profonde, de garder un amour de la vie (dans notre quête de vérité).

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Le mécontentement est l’alibi du pouvoir destructeur (aussi bien le pouvoir d’une institution que celui d’une seule personne).
Voici un exemple :

De manière inconsciente (ou consciente) on peut avoir ressenti ceci :
« je n’aime pas ma vie, ou cette planète, ou les autres… alors
° peu importe que la société empoisonne la Terre avec les pesticides,
° si ça rapporte, pourquoi pas vendre et/ou utiliser des armes, manger du sucre, fumer, s’alcooliser, ne plus faire d’activité physique… ».

On peut avoir l’impression d’être content parce qu’on habite dans un territoire militairement protégé, ou entouré d’un maillage humain souple courageux et solidaire.
Mais au fond, c’est la manière dont on se fige ou pas sur un sentiment qui influence notre conduite.
Quand on se fige sur le mécontentement, on est dans une démarche destructrice.
Doit-on détruire pour pouvoir créer ?

L’exercice de l’esprit critique me semble vital -mais vivable que s’il est fortement équilibré par un sain ancrage dans un émotionnel fluide et apaisé (et non pas dans un positivisme forcé et arrogant).

A trop être éduqués à juger en positif / négatif, en oublie-t-on de savoir observer pleinement (au delà de ces jugements) ?