m à jour : 19 nov 2025
Est-ce que le monde extérieur reflète notre monde intérieur ?
Présenter un outil qui peut éviter de nuire en agissant (ou en militant) précipitamment, notamment lorsque les réponses habituelles ne servent plus la paix.
Profiter d’un défi extérieur (politique, relationnel…) pour faire progresser à la fois la société et la connaissance de nous-mêmes.
Rediriger notre énergie vitale, jadis utilisée à accuser autrui, vers une action la plus juste possible.
Le principe est simple
Notre compréhension de la vie est subjective, car nous interprétons ce que nous percevons du monde.
Et en amont, nous percevons plus ou moins de choses (et dans une certaine mesure, on peut s’entraîner à être davantage attentif).
A partir de ce que nous concluons au sujet du monde, nous pouvons en déduire des indices sur l’état de notre for intérieur.
Notre ego peut donc croire que l’extérieur est un miroir de qui nous sommes. Mais l’ego ne nous résume pas, il est seulement la partie de nous qui prononce « je… » et qui se croit le centre de son monde.
Dans la cour de récréation, quand j’étais enfant, j’entendais souvent la phrase : « c’est celui qui le dit, qui l’est ». C’est cette même idée égotique de miroir.
Voir aussi le concept de projection, en psychologie.
On est souvent dérangé par quelque chose chez autrui qui nous émeut (parfois inconsciemment). Pourquoi ?
Notamment parce que l’on a souvent été éduqué.e.s à rejeter certains désirs, certaines opinions, certains ressentis. Ou bien notre corps a agi inconsciemment, pour éviter une surcharge émotionnelle à moment donné (il peut s’agir de refoulement).
Il arrive qu’on inverse certains désirs refoulés. Par exemple, on refoule de l’amour et on se met à exprimer de la haine ensuite. Une attirance peut se transformer en agressivité.
Autrement dit, certains désirs refoulés, déniés, ou rejetés, pour quelque raison que ce soit, peuvent continuer d’agir.
L’Autre intervient comme déclencheur : voire quelqu’un assumer son homosexualité, par exemple, est souvent insupportable pour quelqu’un qui refoule la sienne. Entendre un média mentir, peut être dérangeant pour quelqu’un qui a appris à masquer la vérité de ses sentiments pour survivre.
On peut parler de miroir dans le sens que l’autre peut nous aider à révéler ce que l’on ignorait de nous-mêmes.
Mais si on n’en n’est pas conscient, il est parfois plus facile d’accuser autrui que de se remettre en question.
Souvent, on se plaint de subir des choses que l’on aimerait (inconsciemment) faire subir aux autres ; on reproche à autrui des actes ou des intentions similaires aux nôtres. Similaires mais pas nécessairement à la même échelle.
Par exemple, on peut détester un milliardaire qui cherche à gagner plus d’argent qu’il n’en a besoin -ce que l’on fait aussi, mais à une échelle moindre.
Donc, si on veut gagner en cohérence, dans une démarche politique pour l’équité sociale, on peut aussi questionner notre propre avidité.
NB. si on se contente de travailler à l’échelle de nos seuls désirs refoulés, on passe à côté de l’enjeu politique d’une situation :
c’est au niveau de la société entière qu’il y a besoin de repenser le but, l’économie, les lois, l’organisation générale… pour sortir de la dévastatrice course au « toujours plus ».
Au lieu de seulement mener une réflexion politique, on peut aussi se demander :
Percevons-nous l’éducation comme des savoirs à accumuler ?
Est-ce que nous-même, ou une institution (scolaire, religieuse…), élevons nos enfants avec le désir (secret, ou affirmé) qu’ils soient un bon investissement (qu’ils deviennent un bon croyant, et/ou qu’ils soient bien productifs économiquement, et/ou qu’ils nous aident quand nous serons âgés plus tard ?)…
Pouvons-nous vivre dans une société de désintéressement et de non-comptabilisation ?
La réponse nous appartient.
Nous pouvons rejoindre un réseau éthique. Par exemple un système d’entraide gratuite et désintéressée, un réseau d’entraide non chiffrée, un réseau à prix libre ou mutuellement consenti avec le cœur.
Nous pouvons cesser nos achats d’imports douteux, au bénéfice de circuits de productions utiles, réellement inoffensifs d’un bout à l’autre (production, financement, distribution, et absence de déchets).
Mais est‑ce suffisant ?
D’une part, l’achat auto‑proclamé « éco‑responsable » est souvent illusoire (car même le produit bio est sur-emballé, a beaucoup voyagé en camion, et peut même se révéler anti diététique, donc nuire…),
et d’autre part, il est parfois un prétexte pour ne surtout pas changer en profondeur :
Les achats éthiques sont dirigés dans la bonne direction, mais sont souvent une minorité de nos achats (parmi essence, loyer, impôts, électronique, voiture…),
Vivre modestement, donner, recevoir gratuitement… ?
Tout cela ne témoigne pas nécessairement d’un lâcher prise :
on pourrait vivre avec peu, se comporter en « bonne personne », mais continuer de rêver d’abondance matérielle, ou de travailler dans une entreprise qui concoure à l’érection de la surabondance pour autrui.
La résignation n’est pas une solution psychiquement tenable.
Peut-on lâcher nos routines et obsessions ; peut-on permettre à nos désirs d’évoluer ?
La réponse nous appartient.
L’humanité a besoin de lâcher les mythes qui l’ont conduit au bord du collapse. Elle a besoin de cohérence, et d’attention à la vérité de ses sentiments.
Peut‑être sommes nous planétairement en apprend‑tissage : l’individualisme exacerbé pour désirer la solidarité ?
o0o
Retrouver l’émerveillement
En gardant à l’esprit que la notion de miroir est toute relative, si l’on considère que les autres « reflètent » en partie des comportements similaires aux nôtres, alors vivre, ou se promener dans des endroits variés, très peuplés, aide à vérifier si l’on est en paix avec toutes les facettes de nous-mêmes. Et lorsqu’on est en paix avec soi-même, on retrouve plus facilement une perspective dans laquelle le monde est beau -même s’il reste à créer une société soutenable.
Tant que l’on ne se charge pas d’auto-accusations, poser un regard en miroir peut apporter un point de vue qui aide à une réflexion sur le plus long terme.
Mais c’est un point de vue risqué :
Lorsqu’on réfléchit à un éventuel effet miroir, sur les aspects que l’on réprouve dans la société, nous nous attaquons frontalement à nos ombres (par le fait de se dire « en quoi ai-je quelque chose de similaire en moi ? »).
Ne pas détourner notre attention des aspects que l’on réprouve en nous-mêmes est souvent utile pour pouvoir avancer. Mais rechercher les ombres en nous (par désir perfectionniste) conduit à l’épuisement, au déséquilibre entre la joie et les peines.
Lorsqu’on veut regarder la vie comme un miroir pour éviter d’accuser autrui à tord, de ne pas se tromper de cible… on se place dans une double négation (ne pas se tromper de cible = ne pas (1ere négation) ne pas rater sa cible (2ème négation). Or un double blocage n’est pas un acte fluide.
Se rendre compte de ce qui dysfonctionne en nous ne nous aide pas directement à aller vers ce qui va nous épanouir.
Vouloir ne pas nuire ne renseigne que très très partiellement sur ce que l’on a envie d’offrir au monde.
Parce que ce regard en miroir peut freiner nos élans, il est sage de ne l’utiliser que si on a déjà de la vitesse : de l’envie de vivre et d’agir en tant que citoyen.ne.
La gratitude est essentielle pour nous ancrer dans la joie. A l’inverse, le mécontentement ne nous aide pas à accepter les épreuves.
Quelques exemples d’un regard en miroir, vis à vis des mœurs et des sentiments
Si on est gêné d’apercevoir un voisin, nu dans son jardin, on peut :
-observer ce qui nous gêne dans notre propre relation à notre tenue ou à notre corps (introspection pour éviter une réaction agressive. Regard en miroir),
-mettre des rideaux à nos fenêtres (déni, fuite, procrastination, paix provisoire),
-aller quereller le voisin ou appeler la police (escalade de la violence, et de la méfiance entre voisins. Regard guerrier).
Une personne qui se sent incomprise, ou isolée, peut se demander si ses émotions ou sentiments sont isolés en elle. (cf. l’impact des traumas : isolation des sentiments, réduction des possibilités d’action…).
Une personne qui a des difficultés à s’intéresser à ce que les autres racontent à propos de leur vie peut se demander si son propre univers a été mis à mal (et si elle a besoin qu’on l’aide à se sentir assez en sécurité pour parler d’elle).
NB La sécurité n’est pas à confondre avec le sentiment illusoire de sécurité, procuré par des mesures politiques répressives (privant d’autonomie).
Une personne admirant beaucoup les gens autour d’elle pourrait se demander si elle a des qualités similaires en elle, et apprendre à les utiliser.
Une personne qui souffre pourrait à la fois envisager qu’elle fait souffrir autour d’elle, ou qu’une partie d’elle en fait souffrir une autre (par exemple, que son perfectionnisme étouffe son besoin de spontanéité).
Une personne entourée de gens qui la haïssent, pourrait se demander si elle déteste un grand nombre des traits de sa personnalité, pour ensuite cheminer vers une meilleure acceptation d’elle-même.
Une personne en conflit avec un.e menteur doué, ou en colère contre certains politiciens et leurs médias, pourrait se demander si elle se ment aussi à elle-même, ou aux autres.
Si nous mentons, pourquoi espérer une société sincère ?
Si notre vie est régie par des idées fixes, à quoi bon critiquer les dogmes religieux ?
Exemples politiques
Nous pouvons rêver de sortir de « la dette publique ». Pourquoi ? Parce qu’elle exerce une pression fiscale sur les contribuables, parce qu’elle a été contractée par des gens qui ne servent probablement pas l’intérêt collectif.
Mais avons-nous une chance d’y parvenir tant que nous-mêmes raisonnons à partir de ce que nous estimons être des « dus » ?
Tant que nous ne savons pas pardonner (remettre les compteurs à zéro), pouvons-nous sortir d’une économie basée sur des dettes et des obligations ?
Est-ce que nous comptabilisons les gestes de sympathie, et les coups‑bas, que nous recevons (et pourquoi) ?
Peut-être y a-t-il même un lien avec notre alimentation :
habitudes de produits édulcorés qui procurent instantanément un goût sucré // crédit qui fournit rapidement des liquidités.
Édulcorants qui favorisent les excès alimentaires -qui épuisent notre santé // traites du crédit (capital + intérêts) qui nous forcent à travailler plus que de raison.
On pourrait bien mâcher des féculents et des céréales germées pour obtenir le goût sucré, ou cueillir des fruits non traités et bien mûrs. On pourrait travailler pour couvrir nos besoins réels et non élire des serviteurs du capitalisme.
o0o
Un ami me confiait sa terreur et sa haine des écologistes voulant interdire les activités polluantes. Cet ami avait donc peur que l’État se mette empêcher de polluer.
Quelques minutes après, sans faire le lien entre les deux sujets, il m’évoquait son espoir qu’un régime autoritaire se mette en place, pour remplacer « notre pseudo‑démocratie corrompue ».
J’observe que ce dont il avait peur de la part des écologistes était exactement ce qu’il désirait : de l’autoritarisme.
Cet exemple peut aider à comprendre pourquoi les partis politiques qui promettent l’ordre (et la soit-disant sécurité) n’apportent ni l’un ni l’autre, mais seulement de la violence : ils désignent de faux coupables, et n’aident pas à comprendre les vrais enjeux.
Une démographie au-delà de la raison ? Des croyances qui nous ensevelissent ? Notre propre microbiote intestinal non régulé ?
Des guerres ordonnées par des dirigeants fous ?
Notre propre corps malmené par nos caprices ; notre instinct agressif/défensif a le dernier mot dans nos vies ; aimons-nous lutter et gagner coûte que coûte ; savons-nous nous « bien‑traiter » ?
Des maladies auto‑immunes ; des forces de l’ordre employées contre les populations ?
o0o
Attention aux excès d’auto-analyse : les individus d’une même espèce animale ont de nombreuses ressemblances ; il est donc toujours aisé d’en trouver une, sans que cela n’ait un sens particulier.
L’introspection n’est pas un renoncement à nommer un.e agresseur pour ce qu’il/elle est. Le point de vue en miroir NE rend AUCUN verdict !
Si quelqu’un venait à nous dire « tu as subi cette agression parce que tu ne te respectes pas », nous pourrions lui répondre : « pourquoi ce qui m’arrive t’affecte autant ?
La justice restaurative est un modèle intéressant de communication et de résolution des conflits avérés.
L’apaisement est une étape importante, car nous ne devenons davantage cohérents qu’au fur et à mesure d’un parcours de vie. Pour nous sentir bien, nous avons donc besoin de désirer nous aimer tel.le.s que nous sommes*, à tous les stades de la vie (sans juger et renier les sentiments désagréables qui peuvent émerger) ; nous avons besoin de lâcher toute haine dans le regard que nous portons (sur nous-mêmes et en dehors).
* amour et narcissisme sont deux concepts différents.
A court terme, ce regard pourrait déstabiliser des courants contestataires qui n’avaient pas l’habitude de mener une introspection.
A long terme, je crois l’inverse : si nous sommes clairs à l’intérieur de nous-mêmes, nos actes seront davantage sensés. Il y a moins de risque que les gens se divisent, s’ils ont la modestie de se remettre en question, plutôt qu’en décrétant hâtivement que l’autre à tort.
