
Envisager un pardon (laïc)
M à j 15 mai 2026
le pardon militant
Le pardon militant
Avant d’expliciter le pardon auquel je me réfère (un pardon non religieux), je souhaite préciser d’entrée ceci :
1 Pardonner n’empêche pas de combattre un abuseur, un adversaire dangereux.
2 Ne pas pardonner ne fait gagner aucun combat.
Pardonner n’affaiblit pas. Une excellente illustration est le personnage de la mère de Caféus dans la série Sense 8 : elle « n’a aucune place pour la haine dans son cœur », mais elle est une redoutable protectrice de son fils.
Ce qui affaiblit est notamment la fuite ou un déni incessants.
Ce qui renforce est une action juste le cœur débarrassé de toute rancune stérile.
La phrase Anonymous « Nous ne pardonnons pas » est stérile à mon sens.
Idem avec celles et ceux qui ne veulent jamais pardonner les auteurs d’un génocide, ou d’une bavure policière :
cela rend-t-il l’armée et la police meilleures ?
Je crois même que l’absence de pardon paralyse l’action.
Certes, la colère peut servir à radicaliser quelques militant.e.s ;
mais elle tend à les isoler du reste du monde.
Et surtout, elle justifie l’inaction :
dire « de toutes façons le gouvernement est une bande de #!@#:@#/@ », « la société est de la m*rde », etc. est vrai depuis un certain point de vue, mais n’aide en rien à dépasser ladite situation.
Ce qui aide me semble plutôt être :
la remise en question personnelle : accepter de regarder nos propres incohérences,
la quête de justesse,
ne pas s’attacher aux mensonges qui rassurent, ni aux prétendues vérités qui fédèrent,
la détermination correctement dirigée (à condition que la fin ne justifie pas les moyens).
Cela revient à dire que la pseudo coopération obtenue par la peur d’un adversaire créé de toutes pièces, par mépris, est une fausse coopération et une vraie dynamique grégaire* qui nourrit précisément à la société dans laquelle nous nous trouvons :
individualisme pollueur, confusion entre la charité et la coopération ou entre la domination et la coopération, confusion entre sauveur et assassin, clanisme familial conduisant à une surenchère nataliste, dogmes diabolisant nos messages intuitifs…
Rien ne sert de haïr l’humain immature ; et rien ne sert de renoncer à mûrir.
*Cette phrase signifie que nos cultures créent des ennemis imaginaires pour justifier des guerres, pour imposer un leadership autoritaire de survie.
Face à une guerre permanente (même quand elle n’est pas idéologique, elle est économique), le stress est permanent, chacun.e est sollicité. Le fait que tout le monde soit mobilisé crée une impression de coopération. Mais ça n’en n’est pas.
C’est de la mobilisation avec ou sans consentement.
C’est très loin de fournir les bienfait d’une coopération réellement basée sur un élan du cœur.
le pardon, c’est quoi au juste ?
Qu’est-ce qu’un pardon ?
Je comprends le pardon comme l’intention sans équivoque de ne plus entretenir de ressentiment, ni de désir de vengeance, ni de culpabilité ; mais pas seulement…
Après avoir ressenti l’effet de différents comportements de ma part, j’observe que ma mise en mouvement en direction du pardon est un acte puissant de libération, que je m’offre à moi-même.
Le pardon procure une possibilité de récupérer de l’énergie : celle qui avait été immobilisée dans une accumulation de haine, ou dans une habitude de décerner des torts et des mérites.
Cette énergie peut alors spontanément se rediriger vers de la guérison, dans de l’aide à autrui, ou dans une action efficace.
La #rancœur, même inconsciente, ne donne pas d’énergie. Elle fait « crédit » de l’énergie de la « rage » du désespoir, mais elle épuise en retour (paiement des « mensualités du crédit »).
A qui cesser d’en vouloir ?
A qui cesser d’en vouloir ?
Dans le sens classique du mot pardonner, se demander à qui pardonner revient à se croire apte à juger les gens (soi-mêle y compris).
Ce n’est pas le point de vue développé ici.
On peut lâcher nos ressentiments envers autrui, mais le plus important et de savoir lâcher les ressentiments envers nous-mêmes.
Je ne parle pas de lâcher toute analyse de responsabilité, tout code moral ou tout comportement sensé : je parle seulement de lâcher le ressentiment lorsqu’un cahier des charges moral n’est pas rempli comme attendu.
Est-ce qu’on peut enfin s’autoriser à ne pas se flageller à cause de la manière dont nous avons réagi à une situation ?
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Lorsqu’un dogme prétend nous dire qui est Dieu, ce qu’Il veut, et qu’on croit se dogme, il devient difficile d’être serein dès lors qu’on croit qu’un Dieu s’ingénie à fabriquer toutes les épreuves de notre vie, tous les échecs qui ont jalonné notre existence consciente.
S’il existe en nous une haine de (ce) Qui a causé notre incarnation sur Terre (selon les croyances de chacun.e), autant la regarder en face (et la lâcher quand on est prêt) que la dénier (ce qui pourrait la transformer en son contraire : une adoration hypocrite).
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On ne tourne pas la page d’un conditionnement multi séculaire en une seconde. Cela vaut pour les vieux raisonnements politiciens sécuritaires, l’attente d’un sauveur, mais aussi pour notre machisme, nos blagues douteuses, notre xénophobie en général…
Accuser, haïr, engeôler, amender (autrui ou nous-mêmes) au moindre faux pas, ne crée pas la paix.
L’équité entre humains ne peut pas résulter d’une loi imposée mais d’un processus de maturation de chacun.e.
Si nous avons une intention de non-violence, sachons nous pardonner les croyances et les actes violents résiduels -ce qui ne veut pas dire renoncer à évoluer.
Ce que le pardon n’est pas
Ce que le pardon n’est pas
Lâcher la haine n’a quasiment rien à voir avec s’apitoyer.
Le renoncement aux actes insensés est utile,
mais on ne se débarrasse pas de ce qui est réellement précieux pour l’harmonie de nos vies.
Suggestion : #pardonner à partir d’un élan nous mettant en joie : pardonner sans nier ce que l’on réprouve : l’orgueil pourrait nous faire sentir supérieur (de savoir pardonner à autrui).
Pardonner sans le désirer, ou sans le pouvoir (en état de guerre intérieure), reviendrait à suivre fanatiquement un dogme.
Approuver quelque chose que l’on réprouve pourrait affaiblir l’ego, l’obligeant à pardonner parce qu’il faut, ou parce que c’est bien, sans que cela ne réponde ni à un besoin, ni à une aspiration.
L’ego s’inclinerait par simple acte de survie.
Les attaques contre notre ego nous desservent -ce qui ne signifie pas renoncer à transcender notre narcissisme et individualisme forcenés.
NB. Je reste prudent quant à ma compréhension du processus de pardon : je ne sais pas vraiment où il débute, où il finit, ni qui ou quoi agit (inconsciemment).
