La justesse


et l’éthique

m à jour : septembre 2025 a

La justesse n’est pas que ce qui est vrai −par opposition au faux−, ni ce qui est bien −notion morale.
Couramment définie comme ce qui est correctement fondé, sans écarts, sans lacunes ni excès : elle désigne souvent la perfection de l’acte, de la pensée, ou de l’art.

Dans mes écrits, elle désigne ce qui est adapté à un moment donné, pour être cohérent avec soi-même et avec la vie :
pour construire (et non détruire), pour se sentir en joie authentique.
Elle n’est donc pas décrétée par une quelconque autorité.

Par exemple, une note de musique est juste, si elle a la fréquence souhaitée à tel moment de la partition, fausse à un autre moment (sans constituer pour autant une injustice, ni une faute morale).

La justesse est-elle la conséquence d’un alignement de notre être avec notre conscience supérieure, lorsque notre « cœur » est apaisé (par exemple exempt de désirs de vengeance) ?
C’est un peu comme cela que je me l’explique ; mais cette explication faisant référence à tant de concepts non vérifiés, je préfère rester en mode interrogatif.

Une démarche empirique me semble prudente : apprenons à écouter notre intuition avec discernement ; celle-ci nous indique a priori la chose juste.
Autrement dit, apprenons à repérer la fausse justesse issue de l’orgueil, ou d’une loi ou d’une morale qui sont inappropriées à moment donné.

La justesse n’est pas la casuistique des scénarios romancés(1), ni celle des tribunaux, car elle n’est pas dirigiste à propos du sort des autres(2) : elle concerne notre(3) sentiment.

Puisque la justesse et la justice peuvent nous échapper (par aveuglement, orgueil, etc.), agissons avec prudence :
ne tuons pas, ne blessons pas, ne maltraitons-pas.
Que nous nous appuyions sur une morale, sur la loi, ou sur l’intuition, l’intention de ne pas nuire et de nous inscrire dans le mouvement de la vie, est porteuse de sens.


(1) De nombreuses séries et comics mettent en scène des héros justiciers, redresseurs de torts. Mais un.e citoyen.ne qui agirait comme ces héros de films et romans, donc souvent hors la loi, aurait davantage de probabilités de finir en prison que de sauver le monde.

(2)Puisque ce qui distingue la justesse de la justice est très mince, puisque les risques de mal interpréter les motivations d’autrui sont énormes, comment être sûr.e.s que nous ne laissons pas notre orgueil-justicier avoir tort (notamment à propos d’autrui) ?

(3)Chaque personne a son propre niveau de conscience, et donc de responsabilités. Peut-on en déduire que chacun.e a son propre niveau de liberté ?

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Les lois sociales sont-elles éthiques ?

Derrière chaque loi sociale, il y a un abus pénal potentiel.
Par exemple, un employeur peut être dévoué, moins bien payé qu’un employé, et néanmoins se faire attaquer et perdre aux Prud’hommes, parce qu’il a mal respecté l’un des innombrables formalismes.
Dans le même temps, un autre employeur assez riche pour disposer d’un département juridique efficace, continuera de flirter avec la frontière de l’exploitation humaine.
J’y vois qu’on nous vend une loi supposée protéger le travailleur et qu’on récolte une loi favorisant les très grandes entreprises et nourrissant la machine à procès.
Beaucoup de secteurs fonctionnent ainsi : des lois d’hygiène calibrées pour les gros groupes et défavorisant les petits producteurs.
Établir une loi juste relève donc du défi de très haut niveau.

L’éthique dont je rêve proviendrait d’une sagesse authentique et non d’une peur d’une punition.

La punition (ou l’écrasement d’autrui, militairement, psychologiquement ou législativement) semble plutôt nourrir la frustration et le désir de revanche.

Les lois sociales promettent souvent un « dû ». Par exemple : on te doit le SMIC (pas moins), on te doit une allocation si tu es dans telle situation que tu peux prouver.
NB la création d’un dû n’est pas le propre des lois sociales : le capitalisme banquier est entièrement fondé là dessus : chaque somme d’argent représente une dette, un dû.
Si j’ai évoqué l’incohérence éthique des lois sociales, c’est parce que j’ai de la sympathie pour les intentions qui ont précédé ces lois, et que je veux alerter sur les effets d’une solidarité réduite à des lois coercitives.
Le principal créateur de dettes et de violences reste le système socle matérialiste et dominateur sur lequel ces lois veulent se greffer.

Précision orthographique : « La justice » est un thème philosophique ou dogmatique ; « la Justice » (avec une majuscule) est une institution.

#Justice punitive / #pénale

Le mot #condamner est de la même famille que damner, c’est‑à‑dire envoyer l’autre en enfer, un lieu dont on n’est pas supposé revenir. C’est un vœu que l’autre ne puisse jamais* jouir : c’est symboliquement l’éliminer, l’anéantir. #prison

Un tel vœu envers les auteur.e.s de violences, ne règle aucun problème de fond : si des milliers de gens commettent des crimes, c’est probablement que quelque chose les y a incités, quelque chose à régler dans notre société en amont, quelque chose que l’on ne solutionne pas en « éliminant » le symptôme.

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On sait que les enfants ont besoin de commettre des erreurs pour apprendre.
Comment peut‑on continuer à condamner, lorsque l’on se rend compte que l’on vit dans une société fondamentalement immature −quel que soit l’âge de ses participant.e.s ?

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Tant que l’on est persuadé.e « qu’il faut faire payer » ceux et celles qui nous ont fait du tort, on peut s’attendre encore à de nombreux conflits, car, curieusement, on pense à condamner quelqu’un.e d’autre que soi : un fauteur de troubles, mais pas soi*. Et ainsi font les autres. (* hormis par un sentiment de culpabilité).

  • Pourrions-nous éduquer largement à une communication de qualité, car beaucoup de violences surviennent quand la communication n’a pas été possible (se transformant en frustration puis en violence). ?
  • Question introspection en miroir :
    Est-ce que je vis dans le passé moi aussi (comme les reproches, qui se basent sur des faits passés) ?

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Paradoxe : les gens sont nombreux à se méfier des politiciens. Les lois sont votées/promulguées par des politiciens. Pourquoi une grande partie de ces mêmes gens ne se méfie pas des lois ?

Des criminels tombent, pas le système : cf https://www.intuitionaction.org/accueil/t30/42phenix/

Distinguer terreur et respect

Le respect ne se force pas. Il survient lorsque l’ambiance générale est à la confiance, et à l’appréciation mutuelle.

La peur de la punition n’éveille pas au sens des responsabilités : elle force à revêtir un masque de respect. Elle peut dissuader d’un comportement prohibé. Mais elle est incapable de créer une société sincèrement respectueuse.